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Ce que les maîtres du théâtre pensent de l'improvisation Nous faisons chaque semaine de l'improvisation et celle-ci rassemble un public de tous âges. Voici quelques jalons pour mieux comprendre où nous allons… Quelques extraits de textes et citations de quelques gurus du théâtre… Ils insistent tous sur les risques de superficialité et de tendances aux clichés que peut entraîner l'improvisation. Pour eux elle n'est qu'un point de départ, un outil et surtout pas une fin en soi. La nécessité du travail et de la rigueur revient fréquemment dans leurs interventions. Les improvisateurs sont-ils donc des " touristes " ou des dilettantes par excellence ? A nous de jouer…
Le diable, c'est l'ennui. L'IMPROVISATION Pour ma part, je considère que nous sommes restés hier
sur une question qui englobe tout ce que vous avez évoqué : il s'agit
de la nécessité d'être complètement libre et en même temps suffisamment
rigoureux pour éviter la complaisance, le n'importe quoi". La question
pédagogique est au centre de cette préoccupation. (Brouhaha. tout le monde change de place.) Recommencez beaucoup plus vite sans vous heurter... en silence… clans le calme... formez un cercle ! (Tout le monde bouge, selon les consignes.) Vous voyez, on peut inventer n'importe quoi. C'est la première chose qui m'est venue à l'esprit. Je ne me suis pas demandé : " Est-ce que c est bête, très bête ou trop bête ? " Je n'ai pas porté le moindre jugement sur ma propre idée au moment où elle se présentait. Cependant nous constatons que l'atmosphère entre nous est plus détendue, que nous nous connaissons mieux. Nous sommes prêts à faire autre chose. Certains exercices sont donc utiles, comme des jeux, simplement parce que ça détend. Pourquoi improviser ? D'abord pour créer une atmosphère, une relation,
mettre tout le monde à l'aise, permettre à chacun de se lever, de s'asseoir
sans que cela crée un drame. On cherche d'abord la confiance, pour lutter
contre la peur dont nous parlions précédemment. Ce qui bloque le plus
de monde aujourd'hui, c'est la parole. Il ne faut donc pas commencer avec
la parole, avec les idées, mais avec le corps. Le corps libre est un premier
pas. (Tout le monde essaie… ) Ecoutez Peter Brook avec Anne Sinclair le 24/04/05 Alain Knapp . Une école de la création théâtrale. Actes Sud. P169. AK-Vous avez sûrement participé, ou assisté à des improvisations où les répliques se diluaient dans un verbiage inconsistant. - Oui, celles auxquelles j'ai pris part étaient tout à fait hasardeuses. Nous n'avions pour ainsi dire aucun canevas, et chacun y allait de ses répliques au petit bonheur la chance. AK- Le manque de définition claire des enjeux relationnels ajoutait sans doute à l'aléatoire. Mais dans l'esprit de celles et ceux qui improvisaient il y avait surtout cette confusion entre temps réel de l'expression d'une pensée, d'un sentiment, et temps fictif, S'ils avaient un seul instant songé à la nature singulière du dialogue théâtrale, ils ne se seraient probablement pas aventurés dans une entreprise vouée à la médiocrité. On peut noter que les improvisations qui n'ont pas été précédées par l'élaboration d'un canevas et d'une étude approfondie de quelques-unes des conditions du dialogue condamneront toujours les acteurs à osciller entre 5 type de comportement :
- Je suis d'accord avec cette critique mais j'observe que vous ne parlez pas de la commedia dell'arte. Quand ils avaient mis au point leur canevas, les comédiens italiens se mettaient à improviser immédiatement, et cela ne les empêchait ni de créer des dialogues inventifs, ni de jouer avec toutes les ressources de leur corps. AK- Les comédiens italiens avaient réglé la question corporelle avant de commencer à jouer. Vous le savez comme moi, les personnages de la commedia dell'arte étaient typés, leur langage gestuel était fondé sur des codes précis, immuables. Cela dispensait les acteurs d'avoir à inventer conjointement un dialogue et des mises en jeux corporelles. GROTOWSKI - Travailler avec Grotowski sur les actions physiques. De Thomas Richards Actes Sud 1995 P77-82 Dans la terminologie de Grotowski un " touriste " est quelqu'un qui vagabonde çà et là sans racine, une personne qui passe superficiellement d'endroit en endroit. Un artiste aussi peut travailler " touristiquement " : adonné au frisson de la première improvisation. Il n'a pas la patience de travailler sur la structure. Il s'ennuie quand ses nerfs ne sont pas à vif, et abandonne tout pour trouver une nouvelle proposition apte à exciter à nouveau ses nerfs. Un tel artiste passe de première esquisse à première esquisse sans jamais creuser en profondeur, sans explorer complètement un seul terrain. Le vrai art, dit Grotowski, est comme un fil à plomb qui ne dévie jamais. Au commencement du travail, la difficulté est de trouver la chanson juste… Mais une fois celles-ci trouvées, il faudra beaucoup, beaucoup d'esquisses et un dur, patient travail pour arriver à une structure d'une certaine qualité… Immédiatement avec les gens d'aujourd'hui se présente le problème suivant : on trouve quelque chose, une petite structure puis on bâtit parallèlement une nouvelle version, puis parallèlement encore une troisième. Ce qui signifie qu'on s'arrête toujours au premier niveau, superficiel peut-on dire, comme si la proposition tout fraîche excitait les nerfs et donnait l'illusion de quelque chose. Ce qui signifie qu'on travaille à côté, à côté - et non pas comme quelqu'un qui creuse un puits. C'est la différence entre le dilettante et le non-dilettante. Le dilettante peut faire une belle chose, plus ou moins superficiellement, à travers cette excitation des nerfs de la première improvisation. Mais c'est sculpter dans la fumée. Cela disparaît toujours. Le dilettante cherche à côté. Ca n'a rien à voir avec la construction des cathédrales qui ont toujours une clef de voûte. C'est le fil à plomb qui en détermine exactement la valeur. Extrait du livre des exercices à l'usage
des acteurs . A propos de l'improvisation " De l'improvisation, les comédiens attendent… tout, ils ont souvent la faculté ou la crédulité de croire en leur instinct, pour les faire accéder à la création alors que l'improvisation est une éducation de l'instinct. Jacques COPEAU. L'improvisation est un terme qu'on emploie pour désigner des activités
les plus diverses. Que ce soit dans la vie de tous les jours ou dans le
travail théâtral. Parfois c'est pour désigner quelque chose de très vague,
quand on ne sait pas très ce qu'on fait ou ce qu'on a l'intention de faire.
Ou bien alors on l'emploie pour designer une démarche très consciente
et avec des principes précis, qui malgré tout laisse une certaine liberté
dans le choix de l'interprétation. Pour nous, dans le travail théâtral,
l'improvisation est une phase ou l'acteur va à la rencontre de l'inconnu
pour y trouver un matériel nouveau et acquérir une certaine attitude envers
les situations qui surgissent. Une improvisation ne peut se développer sans que la situation n'ait été
posé au départ. Plus on s'appuie sur la situation, plus on est vrai: chaque
appui donne une impulsion. Mais, à l'inverse, toute information uniquement
verbale qui ne s'appuie pas sur un élément objectif de la situation fait
régresser dans le travail. Il faut que l'histoire soit vécue toute entière
par le corps : ce dernier incarne, par couches successives, les différents
niveaux de sens de l'histoire et ces couches s'articulent hiérarchiquement
en se commandant les unes aux autres (selon la logique et les circonstances).
Dès le départ l'acteur doit être attentif à toute modification qui intervient
chez son partenaire, tout en tenant ferme son but : la conjonction de
ces deux soucis se réalise par la lecture de la modification comme une
façon éventuelle de se rapprocher de son but. De même, dans la vie, lorsque
le but est urgent et fort, l'attention au monde est en éveil parce qu'à
l'affût de tout ce qui peut servir au but. Renforcer le but et clarifier
le problème c'est alors renforcer l'attention. |