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4 jours en compagnie de Keith Johnstone
Premier jour : retour aux sources.
Le Festival International d’Improvisation de Paris offre un stage de 4 jours en Compagnie d’un des grands-maîtres de l’improvisation: Keith Johnstone. Bravo à Timothy Lone et Richard Pineault, les organisateurs de cet évènement. Keith Johnstone parcourt toujours le monde afin de partager son art de l’improvisation. Avant son arrivée, Florian des Improfessionnals dirige l’échauffement. A dix heures, Keith Johnstone arrive. Il est habillé de noir et en baskets. L’atelier est disposé à la manière d’une salle de classe avec un couloir séparant deux rangées de chaises. La plupart des participants ont une feuille et un stylo pour prendre des notes. L’assistance est éclectique, les participants viennent de tous les pays d’Europe. La langue officielle de ce stage est l’anglais. En guise d’introduction, Keith Johnstone, assis au centre de la scène, aborde le premier sujet qui semble lui venir à l’esprit. Derrière lui un divan qui s’avère un outil indispensable aux exercices.“ Les suggestions du public aident à prouver au public que ce que nous faisons est bien de l’impro. L’impro, c’est une manière d’apprendre à faire des erreurs et à rester positif. Les professeurs devraient nous apprendre à ne pas avoir peur des erreurs. C’est en faisant des erreurs qu’on apprend. L’impro est un jeu où transparaissent la bonne humeur et l’heureuse nature des joueurs. Parfois les gens dans la rue ont l’air d’être en pénitence.” Le premier exercice consiste à jouer en posant des questions uniquement. Les affirmations y sont interdites.
Illustration 1 : le jeu des questions Le second exercice consiste à ne prononcer qu’un mot à la fois. - La
“ Cet exercice apprend aux joueurs à jouer avec les autres, à ne pas chercher à avoir la maîtrise. C’est le contraire de ce qu’on enseigne à l’école. En impro, on ne se bat pas pour avoir le contrôle de la situation. ” Le troisième exercice de cette matinée met en scène un couple rentrant à la maison. “ Au début, les choses sont stables. Ce couple sympathique rentre à la maison. Mais les choses doivent basculer. Au début tout est stable, c’est la plate-forme de l’improvisation, puis cela doit plonger dans l’instabilité. Le calme avant la tempête. On va peut-être s’apercevoir que l’un des deux est un espion.” Keith Johnstone reste droit sur sa chaise. Ses genoux se croisent et se décroisent. Il semble s’amuser de plus en plus. Ses sourcils se froncent lorsque l’exercice ne répond pas à ses attentes. Son regard s’éclaire quand l’exercice atteint le but fixé. Il se fait malicieux. Il rit sous cape, puis de bon cœur. L’impro est le moteur de Keith Johnstone. Nouvel exercice. En groupe cette fois. Le groupe est perdu dans la forêt. Tour à tour, les joueurs lancent des suggestions - “ Suivons ce sentier ! ” Dès qu’une suggestion déplaît à un joueur, il doit quitter la scène. En fin de jeu, il ne reste plus qu’un ou deux joueurs. Exemple : - “ Une lueur à l’horizon. Rapprochons-nous! ” “ Lorsqu’on est perdu dans la forêt et qu’on trouve une maison, le premier réflexe est de demander son chemin et non de donner une pomme à notre hôte. Les choses les plus simples sont les plus efficaces. Ne cherchons pas midi à quatorze heures. ” L’exercice suivant consiste à utiliser une feuille de papier contenant une liste de suggestions ou “ tilts ”. “ En parcourant la feuille, le joueur n’a plus qu’à choisir une proposition. Ces instructions constituent une protection pour le joueur qui n’a pas besoin de réfléchir à ce qu’il doit faire. Il a seulement à exécuter. Le joueur se libère de la crainte de la page blanche. ” On trouvera une liste de ces tilts dans le premier appendice du livre de Keith Johnstone “ Impro for Storytellers ”. Quelques extraits : - Coupe la parole à ton interlocuteur Une série d’exercices en charabia. Le premier consiste à écrire une phrase en langage imaginaire sur un bout de papier. Nous sommes dans un salon entre amis et chacun des joueurs va lire son papier sur le ton de la blague. “ Colnegus balister zilouk ”.
“ Le charabia a ceci de particulier qu’il permet de faire le saut entre le fait de penser à ce qu’on va dire et le fait de dire sans penser. Il est intéressant également de voir l’effet que cela procure sur les autres. ” Il y a cinq à six joueurs sur scène. L’énoncé de quelque charabia sans queue ni tête provoque des rires aux éclats. Et personne ne se coupe la parole. Comme si le scénario était écrit sur un papier à musique. “Dans notre culture, il faut se battre pour son identité. Dans le monde de l’improvisation, on peut devenir meilleur grâce à l’inspiration des autres.” Nous retournons dans la forêt, mais cette fois en baragouinant. On y voit les joueurs se transformer en cochons sous la proposition de Keith qui dirige le jeu en proposant des suggestions qui se révèlent à chaque fois pertinente pour faire avancer l’impro. “ Il n’y a rien d’intelligent ici. L’impro est parfois l’apprentissage de la stupidité. ” Délaissant cette fois le charabia, le groupe suit les traces d’un animal dans la forêt. Un à un les joueurs sont tués jusqu’au dernier survivant. La mort de chacun des joueurs est programmée par un de ses acolytes. “ Charles plonge dans le lac et sera dévoré par un crocodile! ” Charles s’exécute et mime la scène où un crocodile l’emporte au fond des eaux. Une petite récréation. Sur un coussin posé sur la chaise au centre de la scène, deux joueurs déclinent une nouvelle scène avec pour seul instrument leurs mains. Une manière de raconter une histoire à l’aide de ses dix doigts. Un autre exercice qui laisse entrevoir chez Keith Johnstone un rire contenu. Un homme se rend chez une femme. Dès qu’il manque de tact envers sa partenaire, celle-ci claque des doigts: il est exclu du jeu par deux assesseurs. Au moment de son expulsion, il scande “ Je suis un bon improvisateur ! Je suis un bon improvisateur ! ” - “ Bonjour, vous voulez boire un verre ? Le joueur est expulsé manu militari de scène en scandant “Je suis un bon improvisateur! ”
“Le public aime lorsque les joueurs ne se prennent pas au sérieux et s’amusent avec l’orgueil de l’artiste. L’art de l’improvisation consiste à savoir apporter du bonheur aux autres, leur faire passer un bon moment ! ” Fin de cette première journée.
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