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4 jours en compagnie de Keith Johnstone
Troisième jour : l’apprentissage des dauphins “ Les gens que vous pensez être originaux font des choses simples et évidentes. Faire la chose la plus simple, la plus logique, la plus bête est déjà suffisamment original. ” La journée est surtout consacrée à l’apprentissage du concept du Micetro. Mot issu de Maestro. Nous commençons la journée par un jeu similaire à ceux utilisés pour l’apprentissage des dauphins. Choisir une petite action très simple. “Se gratter la tête, se frotter les mains…” Chaque fois que l’acteur, qui ne sait pas de quoi il s’agit, commence à réaliser une petite action similaire à celle imaginée, les autres joueurs murmurent “ DING ! DING! “. Quand le joueur fait quelque chose qui n’a rien à voir, les autres font silence. Le jeu consiste pour l’acteur à découvrir l’action imaginée par l’ensemble du groupe. “Voilà un excellent jeu pour les débutants. En faisant des choses aussi simples et stupides, ils en oublient qu’ils sont ici pour jouer ou apprendre à jouer. Faire des choses stupides est une autre manière de devenir intelligent. ” Nous expérimentons un nouvel exercice. Un acteur entre dans la salon de l’appartement pendant que son partenaire regarde la télé ou lit le journal sans s’arrêter. La même chose mais, cette fois, l’acteur sur le sofa est remplacé par un oiseau en peluche. L’improvisateur joue avec l’oiseau qui semble faire preuve d’indifférence. - “ Whisky ? Tu n’aimes pas mon whisky ? Es-tu malade ? Arrête de regarder la télé. J’ai besoin de toi. ” L’oiseau ne détruit pas la scène. L’oiseau est un passager de l’impro. La scène appartient à l’acteur qui crée l’émotion en dialoguant avec l’oiseau. On devine l’immense capacité d’expression dont le regard du public charge l’oiseau immobile et sans vie. Toutes les émotions possibles se reflètent sur l’oiseau. Il n’est donc pas nécessaire de s’évertuer à faire mille gestes.
Retour au Micetro. Le jeu est présenté par un maître de cérémonie et dirigé par un ou plusieurs directeurs de jeu qui proposent thèmes et styles de chaque improvisation. On répète l’entrée du maître de cérémonie et le style de ses interventions. “ Le maître de cérémonie est toujours de bonne humeur. Il fait en sorte de rester calme et souriant et de ne pas se laisser affecter par les imperfections qui peuvent se glisser dans le cérémonial. Pour les acteurs, le principe est le suivant : les directeurs de jeu sont responsables de la qualité du jeu. Ainsi les acteurs ne sont pas à incriminer si le spectacle n’est pas à la hauteur. Cela est une manière d’alléger la pression qui pèse sur leurs épaules. Par exemple, un exercice qui consiste à ne pas utiliser de ‘S’ dans la conversation est rigoureusement impossible. L’acteur n’y peut rien et sera à un moment ou à un autre en difficulté. ” Le concept du Micetro peut se jouer avec une quinzaine d’acteurs. Des débutants et des acteurs aguerris. Les impros sont jugées par le public sur une échelle de 1 à 5. Chaque joueur endosse le nombre de points que marque l’improvisation à laquelle il participe. A la fin d’un premier tour, aucun des joueurs n’est éliminé. Après le deuxième tour, une petite poignée est éliminée et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un qui devient le Micetro de la soirée. “ Le Theatersport est un jeu trop compétitif. Je préfère aujourd’hui un concept comme le Micetro. Il y a quarante ans, il était illégal d’improviser en Angleterre. Ainsi le Theatersport ne pouvait démarrer là-bas. Le Canada est un pays qui adore le sport. Cela a été plus facile d’y introduire une formule comme le Theatersport. Micetro est un jeu dirigé avec des improvisations courtes. Si on ne prend pas le risque de se tromper, il n’y a aucun plaisir. Il ne faut pas avoir peur d’être sur le point d’équilibre entre désastre et pleine réussite. Le Theatersport est aujourd’hui trop sûr, on n’y prend plus assez de risques. Comme au théâtre. J’aime voir quelque chose de jamais fait auparavant. Notre but en tant qu’improvisateur devrait être de faire quelque chose de mieux que le théâtre formel. Je ne connais pas la meilleure façon de faire, si je la connaissais, j’arrêterais. L’improvisation sera complètement différente dans cinquante ans et nous, (moi en tous cas), je ne serais pas là pour voir quelle forme aura pris ce jeu merveilleux qu’est l’improvisation. ” Et après? “ What comes next? Cet exercice d’une grande simplicité, maintes fois répété au cours du stage par Keith Johnstone, est sans doute une métaphore puissante de l’improvisation. Il se joue à deux le plus souvent ou peut se jouer avec un groupe face à un autre joueur. Exercice d’écoute, exercice de séduction. Dans ce jeu, l’improvisateur est totalement dévoué à rendre heureux son partenaire, à faciliter son expression. Un exercice d’apprentissage du bonheur. Le joueur A fait une proposition. Elle plaît au joueur B. Les deux joueurs la réalisent en mimant par exemple. La proposition ne plaît pas au joueur B ou bien cette proposition l’ennuie, il fait la moue ou dit non. Le joueur A doit trouver autre chose. Le jeu continue ainsi de suite. D’apparence simple, il pousse le joueur A à constamment innover pour satisfaire le joueur B.
“ Dans cet exercice, vous devez apprendre à devenir un expert dans la découverte de ce que veut le public et dans ce que désire votre partenaire de jeu qui est le plus souvent ce que désire le public. ” Pas de thème prédéfini. Le jeu démarre ainsi entre un homme et une femme. - A : “Allons au restaurant ! ” “ La plupart du temps dans la vie courante, nous n’aimons pas changer ou être changé. En impro, nous apprenons à changer, à aimer le changement. Les improvisateurs ne sont jamais indifférents à ce qui se passe. Ils se laissent transformer par les évènements. Par essence, dans le drame, contrairement les personnages ne sont plus les mêmes à la fin de celui-ci. ” La journée se termine par un exercice entre Guignol et comédie italienne. Keith apporte avec lui des ballons de baudruche de forme allongée comme un gros bâton. L'exercice comporte trois joueurs : un maître et deux serviteurs. Tous trois font face au public. Le maître est entouré de ses deux serviteurs qui ne perdent pas une occasion de lui faire des grimaces dès qu’il a le dos tourné. Le maître frappe à sa gauche avec son bâton en vitupérant pendant que l'autre sur sa droite en profite pour se moquer. “ J’aime utiliser des objets en impro” conclut Keith Johnstone.
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