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Impro à Las Vegas
Las Vegas est le paradis des plus grandes vedettes. Dans ce monde
artificiel dédié au jeu et au spectacle, l'impro a droit
de cité. On
trouve nombre de comédies basées sur l'improvisation, hébergées
dans de
petites salles prêtes à accueillir une centaine de personnes
par séance.
Dans ce happening permanent, Second
City a ouvert un cabaret d'impro.
Second City est l'institution la plus ancienne et la plus connue aux
U.S.A., entièrement dédiée à l'improvisation.
Depuis quarante ans, elle
distille cours de formation, interventions en entreprise et écriture
de
sketchs. Comme nous le rappelle les tee-shirts en vente à l'entrée,
Second
City est fière de sa tradition d'improvisation inaugurée
un soir de
décembre 59 à Chicago. A l'entrée du petit théâtre
se trouve une grande
vitrine avec les noms de tous les comédiens qui ont participé à cette épopée.
Les noms de John Belushi et Dan Aykrod, les deux acolytes inoubliables
des Blues Brothers, y sont gravés. Un ouvreur déguisé en majordome m'accueille avec bonhomie avant de me placer d'autorité juste sous la scène. Une trentaine de petites tables rondes forment un arc autour d'une estrade hexagonale. De grandes baies vitrées, bientôt voilées par un rideau de tissu rouge, plongent sur les gondoles de jeux du Flamingo Hotel. Sur la droite, un simple décor ménageant plusieurs entrées ainsi qu'une avancée en front de scène où officie un musicien derrière son synthétiseur. Le cabaret accueille des familles en goguette. Les acteurs surgissent enchaînant à grande vitesse plusieurs scénettes ponctuées d'accords de guitares. Les garçons portent chemise blanche et cravate. C'est un tableau de quelques secondes où un mari rentre chez lui, en découvrant, dans les bras d'un autre, celle que le public pense être sa femme. Il s'écrie «Que fait-elle ici?». C'est un père en toute impudeur qui va fêter en grandes pompes les premières règles de sa fille. C'est un directeur de casting très lascif qui finit par déclarer brusquement : «Vous pouvez y aller. Voici votre carte d'embarquement et votre passeport.» Le jeu est vif. Il n'y a pas un instant de répit. Deux acteurs jouent un conflit de génération entre un père et son fils alcoolique en virée. Les gestes sont précis animant accessoires et portières de voiture fortement mises à contribution. Après cette intrusion dans la comédie écrite, on
annonce une première
improvisation basée sur les suggestions du public : «Ce
qu'on achèterait
avec 10000$», «Un personnage célèbre», «Un
but personnel» et « Un handicap». Les quatre joueurs
forment un cercle. La contrainte endossée
par chacun d'eux est rappelée par une rotation complète
des joueurs. Les
injonctions du cinquième, resté sur le côté,
commandent les mouvements de
la rotation: une fois à droite ou bien une fois à gauche «shift
left» - «shift right». Les deux joueurs proches
du public en front de scène
débutent l'impro jusqu'à la prochaine rotation. La vitesse
du jeu est
extrêmement rapide.
Une nouvelle scène se produit à l'école du FBI.
Belle image de groupe. Le
professeur est côté jardin et, le long de la scène,
assis sur des chaises,
les joueurs répondent en choeur aux sollicitations du professeur.
Retour à l'impro. On demande au public un extrait de chanson, "You
ain't
nothing about a hound dog!", une réplique cinglante "Fuck
off", un conseil "
Stay single", une réplique de cinéma "No, you
don't look so fat!". Alors
que la plupart des joueurs sont sortis, les suggestions sont éparpillées
sur la scène sous la forme de petits papiers. Les joueurs revenus
sous les
appels du public, improvisent tout en ramassant à leur convenance
un
papier. Méthode efficace, chacune des répliques déclenche
un fou rire
général.
Le sketch suivant voit Georges Bush lancer une guerre préventive
contre un
paisible citoyen suspecté d'abriter des armes de destruction massive
dans
son jardin. Une véritable armada réduit la petite maison
de M. Norman
Johnson en cendres.
Nouvel appel au public. On demande au public des noms de personnages
historiques ou contemporains. Deux acteurs exclus momentanément
reviennent
aux deux extrémités de la scène sous l'appel du
public «Come back, dirty
criminals!». Là, soumis à un interrogatoire, ils
ont pour mission de
deviner leur identité précédemment suggérée
par le public.
Sans coup férir, je suis happé sur scène. La faute à mon
majordome.
L'acteur me demande de l'assister dans son tour de magie. Le magicien
brasse un jeu de cartes imaginaire. Je tire une carte que je montre
seulement au public. Il effectue diverses manipulations avant de sortir
une
carte que je reconnais et que je montre avec insistance sous les « Ah» d'un
public qui lui aussi feint l'admiration. Avant de quitter la scène,
le
magicien me rend ma montre, je feins de perdre mon pantalon.
L'improvisateur me rend ma ceinture usagée et... mon caleçon.
Nouvelle scène. On demande à un homme en fond de salle
son âge et son
métier. Le public joue le jeu du tac au tac, habitué à proposer
des
suggestions aux acteurs. A la fin du mois, l'animateur de l'émission d'ABC, "Whose line is it anyway?", Drew Carey, invitera ses amis improvisateurs pour un show exceptionnel dont on annonce déjà les prémisses en lançant un clip sur les é crans du MGM, le plus grand hôtel du monde : "Improv all stars". A Las Vegas, on ne badine pas avec l'impro! |