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Les chroniques de Christophe Tournier


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« Fuck your fear ! »
Quelques heures avec Mick Napier

On lira avec grand intérêt le livre de Mick Napier « Improvise. Scene from the inside out ». Après les livres fondateurs de Viola Spolin, Keith Johnstone et Del Close, voilà enfin un ton nouveau, une vision rafraîchissante de l'improvisation. Le Festival International d'Improvisation de Paris en ce début octobre 2004 nous offre l'opportunité de le rencontrer à travers deux ateliers dirigés et de le voir jouer avec sa troupe l'Annoyance Theater.

Quand on croise Mick pour la première fois, on est frappé par son regard qui dénote une grande sensibilité. Discret, Mick parle peu. En souriant, Mick avoue deux penchants, le whisky et le fait de dire "fuck" trop souvent en atelier. On découvre rapidement que ce mot chez lui est proportionnel à l’énergie qu’il offre durant l’atelier.

Mick, peux-tu te présenter et nous expliquer quel a été ton parcours d’improvisateur?

J'ai quarante ans, je vis depuis neuf ans avec Jennifer Estlin qui fait aussi partie de la troupe. J'ai fait des études de vétérinaire et de théâtre à l'Université d'Indiana. Après avoir lu le livre de Jeffrey Sweet " Something wonderful right away ", je suis parti pour Chicago afin d'y suivre les cours de Second City. J'ai fondé ensuite l'Annoyance Theater. Au début, en 1987, le style du théâtre était étrange et peu conventionnel. Par exemple, nous avons joué la première fois un spectacle pour Halloween à la manière d'un mauvais film d'horreur " Splatter Theater ". Une cinquantaine de personnes étaient assassinées sur une scène décorée de blanc pour finir dégoulinante de rouge. Depuis, nous avons créé plus de cent spectacles et la plupart des acteurs qui ont participé à ces spectacles continuent de faire de la scène ou de la télévision. L'Annoyance s'est affirmé comme le premier théâtre dédié à la création de pièces accompagnées de musique entièrement improvisées.

Tu as appris l’improvisation avec Martin de Maat comme coach. Qu’est-ce qu’il t’a apporté?

J’ai appris de Martin que le plus important était d’être particulièrement attentif à ses étudiants. À l’entrée de Second City, il y a une inscription qui dit: « You are pure potential » . « Tu as un vrai potentiel. » Lorsque je dirige un atelier, je tente d’apporter un conseil spécifique à chaque participant. Un bon instructeur peut changer la vie d’un joueur. Je n’ai pas peur de donner des conseils. Je suis prudent et je les assume et cela fait partie intégrante du processus d’apprentissage.

Est-ce que tu es d’accord avec Amy Seeham lorsqu’elle dit dans son livre « Whose improv is it anyway ? » que le théâtre Annoyance fait partie de la troisième vague de l’impro américaine ?

Oui dans le sens où nous avons ajouté de la musique et nous avons fait des impros de longue durée allant jusqu’à 1h30. (Les liens et les références entre les improvisations y sont ainsi exploités au maximum.) Nous donnons à chacun des acteurs une attention individuelle pour le faire progresser. Nous ne faisons pas d’improvisations courtes ni d’improvisations pour aboutir à la création de scénarios comme Second City.

Quelles sont les voies que vous avez l’intention d’explorer avec l’Annoyance Theatre?

La mission artistique du théâtre est la suivante: « Do whatever the fuck you want ! » (« Quelles que soient les conneries que tu veux faire. Fais-les! »). Pas de censure. Nous avons en ce moment envie de monter des pièces comme l’Opéra de Quat’sous de Kurt Weill et y ajouter un peu d’impro. Nous voulons accroître le secteur de la formation et trouver un moyen d’améliorer encore la qualité tout en continuant à prendre des risques. Nous ne sommes pas des professionnels et la plupart d’entre nous ont un métier à côté.

Etes-vous engagé politiquement?

Auparavant nous n’en avions cure. Les choses allaient leur train. Aujourd'hui, quelques semaines avant les élections présidentielles de 2004, nous nous sentons le devoir de nous exprimer concernant la politique de Bush que nous contestons! ( Un sketch les voit plusieurs fois scander: « Fuck Georges Bush ! »)

Parmi les deux affirmations suivantes « Mick est le digne fils de Second City » ou « Mick est un rebelle qui veut casser les règles de l’impro » de laquelle te sens-tu le plus proche?

Les deux. J’ai toujours enseigné au sein de Annoyance Theater. Je pense que Second City devrait changer sa manière d’enseigner l’impro et moins se focaliser sur les règles de l’impro.

Te sens-tu plutôt plus acteur, directeur de troupe ou professeur?

Je me sens dans l’ordre plutôt directeur et metteur en scène, professeur et finalement acteur. Diriger l’Annoyance Theater est ma principale responsabilité.

Quel message enverrais-tu à tous les improvisateurs francophones?

Donnez-vous la chance de démarrer tout de suite une impro sans réfléchir, ni anticiper, ni trop parler. Agissez ! Immédiatement! “Trust that your brain will catch up your mouth!” (« Faites confiance en votre cerveau pour aller aussi vite que vos paroles »).


Christophe Tournier est improvisateur depuis plus de 10 ans,
auteur de "Manuel d'Improvisation Théâtrale"
et chroniqueur de www.impro.ch depuis 1997.