Les chroniques de Christophe Tournier
Atelier de Mick Napier:
“
Un bon coach peut changer une vie.”

Nous sommes une quinzaine de joueurs placés en
rond en fond de scène. Mick nous demande d’improviser librement.
Il propose lui-même le nom du joueur qui doit démarrer l’impro.
Libre aux autres de rejoindre la scène. L’objectif est de
fournir à chacun d’entre nous des conseils spécifiques.
Après une vingtaine de minutes Mick fait le tour de chacun d’entre
nous prodiguant les conseils suivants:
- Démarre au milieu d’une scène.
- Impose-toi ! Ne
t’occupe pas des autres.
- Tu es trop physique, économise-toi!
- Ne raconte pas ce qui se
passe. Agis! N’explique pas au public
pourquoi il s’amuse.
- Tu manques de confiance en toi. Tu penses que
tu n’es pas assez
bon. Dis-toi en entrant sur scène que tu es un très bon
improvisateur.
- Sois moins général. Plus spécifique.
Apporte plus de détails à la scène pour lui donner
vie.
- Joue
avec plus d’émotions. Tes personnages perdent de
leur force. Ne pense pas trop à la bonne tenue de l’impro, à l’application
des principes de base. Joue.
- Énonce une phrase à la fois. Puis arrête-toi
et attends
- On sent que tu construis fort bien tes impros, tes personnages
sont solides. Alors dis quelque chose qui n’a rien à voir
avec l’histoire. L’improvisation, ce n’est pas être
tranquille et sûr de son fait. C’est prendre des risques.
- Sois
positif dans tes entrées plutôt que de démarrer
avec des sentiments négatifs.
- Réponds sans réfléchir.
Même une bêtise.
Tu es parfaite. Sois moins parfaite. Fais donc des choses stupides.
Pour te mettre en danger.
- Ajoute un peu d’absurde dans tes interventions.
Dis « la
cuillère est dans la lune. Allons faire la fête. »
- Ne
pense pas trop à aider les autres. Ne t’en préoccupe
pas. J’ai vu tellement d’impro où deux joueurs s’observent
avant de dire quoi que ce soit. Je ne me sens pas aidé si j’ai
en face de moi quelqu’un qui attend.
Après une pause nous recommençons à jouer dans les
mêmes circonstances avec pour consigne d’appliquer les conseils
de Mick. Une dernière remarque valable pour tous: démarrer
l’impro au premier pas. Ne pas attendre d’être au centre
de la scène. Donner moins d’espace à la possibilité de
réfléchir à ce que l’on fait. On peut, un
instant avant d’entrer en scène, penser à ce qu’on
va faire mais dès qu’on est sur scène, il faut oublier.
Il faut s’oublier.
Deux jours plus tard, lors du deuxième atelier, doué d’une
excellente mémoire, Mick se souvient mot pour mot des conseils
prodigués à chacun des quinze participants. Il fait preuve
de tact dans l’échange. « Puis-je ajouter une remarque? » « Est-ce
que cela vous paraît clair? » Chacun de ses conseils apporte
déjà ses effets et les impros paraissent plus fluides et
loufoques. Quelques heures avec Mick peuvent transformer un improvisateur!
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