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Les chroniques de Christophe Tournier


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La crainte la crainte la crainte
(un extrait du livre de Mick Napier, traduit par Christophe Tournier)

Que cela soit impertinent ou non, il existe une dynamique typique des mauvaises impros.

D'où provient cette dynamique? Pourquoi les impros ratées semblent-elles toujours se
reproduire selon les mêmes schémas?

Crainte crainte confusion confusion crainte crainte réfléchir réfléchir réfléchir -crainte.

Chaque jour, nous, êtres humains adultes essayons seulement de subsister. Comment diable faisons-nous? Nous nous protégeons. Notre conscience. Notre pensée rationnelle. Nous pouvons réfléchir, nous pouvons choisir, et nous pouvons agir en nous basant sur nos choix. C'est ce que nous faisons la plupart du temps. Les premiers humains ont commencé à analyser les choses et à faire des choix basés sur ce qu'ils avaient enregistrés. Ils avaient tout avantage à faire ainsi. Je peux imaginer l'esprit d'un être humain il y a cinq millions d'années, pensant : " Hmmm, chaque fois que je descends ce chemin, on me jette un caillou sur la tête en m'interpellant avec des noms d'oiseaux. Aujourd'hui, en pensant à cette information, je passerai par un autre chemin pour retourner à la maison à travers les arbres. "

C'était un atout pour cet homme que de mémoriser cette information et d'agir. Ceux qui ont profité de cet avantage déterminant ont survécu. Ceux qui se sont rappelé de ne pas emprunter ce chemin n'ont pas reçu de pierres sur la tête et ont survécu.

Ceux qui ne s'en sont pas souvenus ont descendu ce chemin et, irrémédiablement, ont reçu un caillou sur la tête. Ils sont probablement morts, ainsi la conscience de cet avantage sélectif se perpétue. Nous, les humains nous prévoyons, ainsi nous avons plus de chances de rester en vie. Les êtres humains qui anticipent s'adaptent mieux que les autres. Nous nous protégeons constamment et nous progressons grâce à nos capacités de réflexion. Nous comptons là-dessus pour tout.

Si enfant, je casse la fenêtre du garage, je dois penser à exactement ce que je vais dire à maman afin qu'elle me protège de la colère de papa. Si j'aborde Mary au bal des étudiants, je dois penser à ce que je vais dire afin de ne pas passer pour un imbécile et obtenir ce rendez-vous. Si j'ai un entretien d'embauche, je dois anticiper chaque question qui pourrait m'être posée et prévoir chacune de mes réponses. Si je fais de la vente, j'envisage toutes les objections possibles et je réfléchis à la façon de les surmonter.

Cela a été la même chose pendant des millions d'années. La crainte nous force à réfléchir aux manières de prévenir un résultat non désiré. Qu'est-ce que tout cela a à voir avec l'improvisation ? Je vais vous le dire.

Les improvisateurs charrient sur scène sept millions d'années de conscience humaine à chaque fois qu'ils improvisent. Et ils font ce que n'importe quel être humain doit faire, la chose que les humains font dans chaque nouvelle situation au cours de leur vie: Ils considèrent soigneusement toutes les hypothèses et réfléchissent à ce qu'ils feront. Ainsi, ils resteront en vie et ils feront et diront des choses convenues.

Ce mode de pensée est ce que nous désignons ordinairement dans le monde de l'improvisation comme " in your head " (dans tes pensées). C'est une manière rationnelle d'analyser qui consiste à considérer, s'arrêter, réfléchir, reconsidérer, réfléchir, regarder, s'arrêter, envisager, approuver, penser, s'interrompre, réfléchir, envisager, attendre, s'arrêter, réfléchir, etc.

Malheureusement, la bonne improvisation n'a rien à faire avec la sécurité ou la convenance. (En fait, c'est le contraire.) Quand on aborde l'impro de cette manière, l'assistance et les improvisateurs découvrent bientôt qu'elle est sans intérêt. Le public n'a pas payé deux dollars pour voir des adultes penser rationnellement et envisager toutes les options. C'est ce à quoi ils sont confrontés tout au long de leur sainte journée. Ils veulent voir des personnes jouer et avec hardiesse. Faire fi de toute prudence ! Balayer toute réflexion ! Jouer vraiment. Si les improvisateurs « réfléchissent », alors ils ne jouent pas véritablement. Si l’appréhension les met dans cet état d’esprit dès le début de l'impro, à un moment donné ils vont prendre conscience du fait que, face à leur jeu, le public s’ennuie. Cette prise de conscience redouble la peur et la confusion. C'est-à-dire, quand l'impro commence à aller de travers, et que les acteurs et l'assistance s'en aperçoivent, l'improvisateur s'alarme et s'embrouille. Que font les hommes quand ils sont effrayés et troublés?

Se défendre et se protéger.

Dans une situation embarrassante, les êtres humains poseront souvent des questions afin d'obtenir des informations leur permettant de se défendre. Ils chercheront peut-être un pouvoir factice en donnant des ordres aux autres, ou prendront une position artificielle en donnant des leçons à d'autres, ou en s’opposant aux autres propositions ou idées. Celui qui a peur et se sent dans l’embarras tente de gagner la contrôle de la situation en justifiant qui il est, ce qu'il fait, et où il est. Celui qui a peur d'agir dans l'instant peut se réfugier dans le passé, ou parler d'un événement qui peut se produire à l'avenir, ou négocier une proposition. Un autre, cherchant désespérément à comprendre ce qui se passe, peut même se mettre à décrire ce qui lui arrive.

La peur engendre la pensée rationnelle.

La pensée rationnelle engendre une attitude d’autodéfense.

L’autodéfense est un type de comportement constant dans la mauvaise improvisation.

Mick Napier (traduction Christophe Tournier des pages 10-11)


Christophe Tournier est improvisateur depuis plus de 10 ans,
auteur de "Manuel d'Improvisation Théâtrale"
et chroniqueur de www.impro.ch depuis 1997.